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La journée internationale des migrants célébrée en Haïti sous le signe de la solidarité avec les Dominicains/Dominicaines dénationalisés

vendredi 3 janvier 2014, par PAPDA

Ce fut l’occasion pour le public de réfléchir autour de la décision de la République dominicaine de dénationaliser les fils et filles d’Haïtiens nés sur son territoire et d’exprimer sa solidarité envers les victimes de cette décision. Exposition de photos, témoignages sur la vie des migrants-es ont été sur l’agenda du GARR pour commémorer la Journée Internationale des Migrants, célébrée chaque année, le 18 décembre. Une migrante haïtienne vivant en Guyane Française a fait le déplacement en la circonstance pour parler de la vie des Haïtiens dans ce territoire Français.

Les yeux rivés sur les images exposées reflétant la vie des migrants dans les « Bateyes » dominicains, des représentants-es des institutions membres du GARR, d’organisations partenaires et d’autres citoyens-nes ont défilé à la Ruelle Rivière, dans l’après-midi du 18 décembre 2013. Se sentant concernés par la cause des Haïtiens vivant en territoire voisin, les participants-es ont adressé des mots de solidarité en bas de chaque photo qui se trouvait exposée.

Intervenant spécialement sur la sentence de la Cour Constitutionnelle dominicaine, M. Guy Alexandre, ancien Ambassadeur d’Haïti en République Dominicaine a montré que cette décision n’est pas un fait isolé dans l’histoire des relations d’Haïti avec le pays voisin. « Cette décision était prévisible, seulement personne ne savait qu’elle serait si scandaleuse. », a indiqué l’ambassadeur Alexandre.

Selon le professeur Alexandre, les nationalistes dominicains propagent depuis des années une idéologie anti-haïtienne dans la société dominicaine. « Aujourd’hui, même s’ils sont minoritaires, ils ont le contrôle de certains pans de pouvoir assez importants, notamment à la Direction générale de la migration et à la chancellerie. Ils exercent également une grande influence sur la justice. », a-t-il précisé.

Selon l’expert dans les relations haïtiano-dominicaines, ce qui est en train de se passer aujourd’hui est pire que sous la dictature de Trujillo. « 52 ans de cela, le dictateur dominicain Trujillo avait fait exécuter des Haïtiens, mais la lutte anti-haïtienne n’avait pas force de loi. Aujourd’hui, avec la décision de la Cour constitutionnelle, assumée par les trois pouvoirs, l’Etat dominicain devient l’organe de transmission par excellence de cette idéologie. », a-t-il soutenu.

Colette Lespinasse, coordonnatrice sortante du GARR, a profité de cet après-midi de solidarité aux migrants et aux Dominicains/nes dénationalisés pour exhorter les autorités haïtiennes à la prudence face à la reprise des « négociations » avec la République Dominicaine. Mme Lespinasse a montré qu’en aucune façon le gouvernement haïtien ne doit négocier sur la nationalité des citoyens avec l’Etat dominicain. S’il doit y avoir de discussions, elles doivent porter sur le respect des droits des travailleurs migrants haïtiens, la régularisation de leurs statuts, les conditions de rapatriements, la gestion frontalière, et non sur la nationalité de gens qui jouissent de leurs droits.

Dans ses propos de circonstance, Mme Lespinasse, a fait également état de la migration haïtienne à travers le monde. Même s’il est difficile d’avancer des chiffres, les recherches montrent que les Haïtiens sont présents dans plusieurs pays des cinq continents. « Il n’est pas facile d’avancer des chiffres exacts concernant nos compatriotes qui se retrouvent ailleurs. Nous savons qu’en République Dominicaine, on parle de la présence d’un demi-million d’Haïtiens », a-t-elle expliqué, tout en étalant les problèmes auxquels sont confrontés ces migrants sur le territoire dominicain.

Consciente que l’Etat haïtien ne met pas toujours à la disposition de ces personnes les services nécessaires, Colette Lespinasse a plaidé pour la pleine intégration de la diaspora haïtienne dans le développement du pays. « Nous ne devons pas sous-estimer la contribution de la diaspora haïtienne dans l’économie du pays qui s’élève à 25% du PIB national. », a ajouté la militante des droits des migrants.

D’un autre côté, deux migrants haïtiens venant de la France et de la Guyane Française ont brossé, à travers des témoignages, la situation des migrants haïtiens vivant dans ces pays.

Emile Beldor, qui a représenté l’Organisation Anacaona a montré que la difficulté de trouver les documents d’identité est l’un des problèmes majeurs auxquels sont confrontés les immigrants haïtiens se trouvant sur le territoire français. En raison de la faiblesse du système d’Etat civil en Haïti, ces derniers ne peuvent pas toujours soumettre aux autorités françaises les documents d’identité exigés. « La majorité des dossiers des immigrants haïtiens souhaitant régulariser leur situation ont été refusés par les autorités françaises simplement pour cette raison. », a-t-il ajouté.

Pour sa part, la migrante Guerlande Kindeur de l’Organisation TÈT KOLE, venue de la Guyane Française, a misé sur la solidarité entre les ressortissants haïtiens vivant dans ce territoire français pour faire respecter leurs droits. « Les Haïtiens/Haïtiennes font partie de la catégorie des migrants qui ont beaucoup plus de problèmes en Guyane Française. Ils sont l’objet de persécutions de tout genre et sont rapatriés dans n’importe quelle condition. », a raconté Mme Kindeur qui a précisé que les tracasseries commencent à diminuer et cela, grâce à des mouvements de revendications et l’effort d’organisations. Elle en a profité pour dénoncer l’incompétence et le mépris envers eux de certains représentants de l’Etat haïtien à Guyane Française qui n’encadrent pas les immigrants qu’ils sont censés représenter. « Ces autorités qui devraient nous supporter dans nos luttes ne jouent pas souvent en notre faveur. Nous avions dû nous battre pour nous faire accepter et suite à nos revendications et des changements exigés et obtenus au sein du consulat, une meilleure collaboration avec la représentation d’Haiti en Guyane est notée », a-t-elle conclu.

Organisée sous le thème « Solidarité avèk migran ayisyen ansanm ak Dominiken/Dominikèn ki pèdi nasyonalite yo », la célébration de la journée internationale des migrants cette année, a permis aux participants/participants de signer une pétition demandant au Parlement haïtien de ratifier la « Convention Internationale sur la Protection des Doits de Tous les Travailleurs Migrants et de leur Famille ». Elle a été conclue avec la projection d’un film traitant sur le trafic et la traite de femmes à la frontière haitiano-dominicaine.