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Aristide et le régime Lavalas responsables de la réapparition des Macoutes et du FRAPH en Haiti

Posté le 16 novembre 2005 par Administrateur

Ecrit le 17 février 2004

Depuis le samedi 14 février 2004, de nouveaux acteurs ont fait leur apparition officielle sur la scène politique nationale. C’est dans une douloureuse consternation qu’un large secteur des populations assiste, impuissant, à cette catastrophe où nous a conduit le pourrissement de la situation politique ; Un choix délibéré du régime Lavalas qui ouvre ainsi grand les portes à des représentants d’un ordre que nous voulions révolu.

L’information est publique, Louis Jodel Chamblin et Guy Phillipe sont en Haïti, avec des troupes armées, et ont rejoint le Front de Résistance anti-Aristide des Gonaïves (Artibonite) ; l’ex « Armée cannibale » ; un gang crée et armé par le pouvoir Lavalas et proche de celui-ci jusqu’en septembre 2003, où son chef, le repris de justice Amiot Métayer, a été assassiné.

Ces messieurs, venus en renfort, ne se sont pas gênés pour annoncer leur intention de « marcher sur Port-au-Prince » ; sans nul doute pour y prendre le pouvoir. Les informations concordantes, rapportées par divers correspondants-es de Presse, tant nationaux qu’internationaux, attestent que les populations des Gonaïves et de Hinche (Plateau Central) applaudissent les actions de ces hommes armées. C’est en effet au cri de « Vive l’Armée d’Haïti ! » que les troupes de Chamblin et de Philippe ont été acclamées après la prise du contrôle de Hinche ; Ces troupes ont également été acclamées à leur entrée aux Gonaïves. Les troupes de Chamblain et de Phillippe sont donc présentes dans des régions stratégiques, au regard de la configuration géographique du pays.

Chamblain et Philippe

Louis Jodel Chamblain était le numéro 2 du tristement célèbre groupe paramilitaire putchiste, en dépit de son appellation trompeuse, le FRAPH, Front Révolutionnaire pour l’Avancement et le Progrès Haïtien ; Groupe très actif dans la répression durant le Coup d’Etat militaire de 1991-1994 ; entre autre dans le bidonville de Raboteau aux Gonaïves.

Guy Philippe est un ex militaire formé en Equateur comme policier. Il avait successivement été commissaire de police, à Delmas (Port-au-Prince), puis Directeur Départemental de la Police dans le Nord. Il était soupçonné d’être impliqué dans le trafic de la drogue. Il avait eu des démêlés avec le pouvoir au sujet de l’organisation des élections de l’année 2000 et avait été accusé par celui-ci de fomenter un Coup d’Etat. Après sa révocation, il s’était réfugié, en 2002, en République Dominicaine où les autorités l’ont incarcéré puis relaxé, faute de preuve. Depuis lors, le nom de Guy Philippe a été associé, à différentes reprises, à des opérations armées effectuées dans le Plateau Central.

C’est tout simplement ahurissant ! Voilà où nous a conduit la politique de Lavalas qui, depuis sa prise de pouvoir en 1991, a tout fait pour mettre hors jeu les masses populaires, tant du point de vue politique, juridique que culturel et juguler les mouvements sociaux. Voilà les résultats navrants de la guerre sans merci que livre, depuis 2001, le régime Lavalas aux populations. Les bourreaux d’hier peuvent se poser en « sauveurs », préoccupés par le respect des droits et libertés fondamentales. A quand l’arrivée d’Emmanuel (alias Toto) Constant, cet autre dirigeant du FRAPH ?

Les populations haïtiennes, les femmes en particulier, portent encore sur leurs corps et dans leurs esprits, les douloureuses marques de la violence terrible qui a caractérisé le Coup d’Etat militaire de 1991-1994. Des marques auxquelles s’ajoutent les multiples et incessantes violations des droits des citoyens/citoyennes, subséquentes à l’institutionnalisation du mercenariat depuis le retour de Jean-Bertrand Aristide au pouvoir en 2001, après des élections contestées où environ 5% de l’électorat avait pris part. Les revendications exprimées, depuis 1986, attestent pourtant clairement des aspirations populaires : Dechouke/dessoucher l’Etat autoritaire, pour que les droits politiques et sociaux soient enfin reconnus à tous et à toutes, sans exclusion ; pour que la participation soit résolument inscrite dans les pratiques de gestion de la cité. Le pouvoir Lavalas a non seulement été incapable de répondre à ces exigences, mieux il les a dénaturées, perverties.

Depuis la remise en cause des élections de 2000, un mouvement de contestation du régime Lavalas a progressivement émergé ; Un mouvement qui a pris de l’ampleur en 2002, qui a encore grandi en 2003 et qui, depuis, traverse toutes les couches de la société, dans tous les milieux. Ce mouvement revendicatif recouvre les partis politiques de l’opposition, les différentes organisations citoyennes, le Mouvement Estudiantin, le Mouvement des Femmes, le Mouvement Syndical, le Mouvement Paysan (avec les 2 grandes formations que sont le MPP/Mouvement Paysan de Papaye et Tèt Kole Ti Paysan/Union des Petits-es Paysan-nes), etc. Ce mouvement est essentiellement d’essence pacifique. Ayant pris acte du mercenarisme et de la nature tyrannique du régime Lavalas, ce mouvement a collectivement décrété le Gouvernement Lavalas hors la loi et cherche, à travers différents moyens pacifiques, à obtenir sa destitution.

Lavalas tente de faire l’amalgame

Le Gouvernement Lavalas cherche à tirer avantage de la situation qui se présente aux Gonaïves et à Hinche. Il tente de faire l’amalgame entre cette opposition armée, originellement constituée par ses ex partisans des Gonaïves, et l’opposition pacifique. Ce faisant, Lavalas voudrait pouvoir récuser la légitimité du mouvement de contestation et, subséquemment, le mettre hors jeu. De part sa nature et compte tenu des revendications qu’il exprime, le mouvement de contestation pacifique ne saurait être associé aux actions du Front de Résistance anti-Aristide (ex « Armée cannibale ») et encore moins à celle du FRAPH. Quel que soit le contexte ou le prétexte qui conduit des mercenaires, des oppresseurs à également réclamer le départ d’Aristide, il ne saurait être question de faire l’impasse sur leurs responsabilités dans les graves torts causés aux populations, au pays lui même. Les mercenaires, les oppresseurs doivent répondre de leurs crimes, imprescriptibles, par devant la nation.

Les Communautés Internationales disposent de toutes les informations nécessaires pour être dûment édifiées sur les tenants et aboutissants de la situation politique haïtienne. Si, comme elles le déclarent, elles souhaitent réellement soutenir le peuple haïtien, il leur incombe de l’aider à mettre en place les mécanismes nécessaires en vue d’appréhender et de juger les hors la loi, les oppresseurs, quels qu’ils soient.

La CONAP réaffirme son attachement indéfectible aux principes démocratiques, et sa foi dans le caractère universel et indivisible des Droits de la Personne. Ce faisant, la CONAP rejette toute impunité, pour quel que soit le statut du/de la violateur-e des droits. Hier, les populations haïtiennes étaient face aux tontons macoutes et aux « attachés » (paramilitaires), aujourd’hui elles sont confrontées aux gangs armés, aux « chimères » (sicaires) ; un autre visage du même phénomène. Il nous faut, collectivement, continuer à dire NON à toutes les pratiques politiques inacceptables, pour que justement, demain, nous soyons en mesure d’édifier un Etat de Droit résolument « chouke » (enraciné) dans les principes de justice, d’équité et de respect absolu de la vie.

Non aux usurpateurs de pouvoir de tout acabit !

Port-au-Prince, le 17 février 2004

Pour la CONAP

Enfofanm, Fanm Yo La, Kay Fanm, SOFA



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