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Spectaculaire victoire populaire en Bolivie

Pierre Beaudet, Alternatives Canada / 19 décembre 2005

lundi 19 décembre 2005, par PAPDA

Le 18 décembre 2005 au cours d’un processus électoral intervennant à la suite d’un long processus continu de mobilisation populaire pour la conquête de la dignité et de la souveraineté du pays le valeureux peuple de Bolivie a porté au pouvoir Evo Morales et son mouvement le MAS qui affiche des options très nettement antinéolibéral. Cette spectaculaire victoire populaire confirme la vague de fond qui traverse notre continent les Peuples se mettent debout pour la construction d’une démocratie réelle. La PAPDA salue le courage et la lucidité du Peuple de Bolivie.

L’élection nationale d’hier en Bolivie a concrétisé le raz-de-marée qui s’annonçait autour du candidat du Mouvement vers le socialisme (MAS), le leader autochtone Évo Morales. Le décompte n’est pas final, mais Morales aurait obtenu plus de 50% des suffrages, ce qui est inédit dans l’histoire de ce pays. Il a complètement aplati ses principaux adversaires, dont l’ex-Président Jorge Quiroga.

Ne pas voler, ne pas être lâche, ne pas mentir, ne pas être servile

Dans les barrios de La Paz et d’El Alto (banlieue populaire de la métropole), c’est la fête. Plus encore dans la région d’où Évo est originaire, le Chapare, où se trouve la ville de Cochabamba. C’est d’ailleurs dans cette ville que l’ascension d’Évo a commencé lors d’une spectaculaire « guerre de l’eau » en 2000 (les habitants avaient expulsé Betchtel Corporation et refusé la privatisation de l’eau). Par la suite, une « insurrection rampante » a forcé le départ de quatre présidents. Évo descend d’une famille aymara, nation indienne dont les piliers moraux sont historiquement définis de la manière suivante : ama sua (ne sois pas voleur), ama quella (ne sois pas lâche), ama llulla (ne sois pas menteur) ; ama llunku (ne sois pas servile).

Le lendemain de la veille

Pays le plus pauvre d’Amérique du Sud, la Bolivie est structurée par un apartheid social qui marginalise la majorité de la population, notamment les autochtones (60% de la population parle surtout aymara et quechua). Le secteur dominant composé d’une petite élite appuyée par les entrepreneurs des provinces orientales (qui menacent de faire sécession) et liée aux Etats-Unis reste très récalcitrant devant l’idée de réformes. Encore forte au Congrès (Morales dispose d’une très courte majorité), la droite pourrait forcer Évo à accepter des compromis qui diviseraient sa base populaire. Le contexte en Amérique du Sud est cependant un facteur facilitant La gauche chilienne a obtenu plus de 52% des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle. Les forces pro-Chavez ont balayé les élections législatives au Venezuela. Tout cela s’ajoute aux percées des mouvements populaires en Uruguay, au Brésil, en Argentine et ailleurs. Aujourd’hui dans l’hémisphère, on célèbre la victoire d’Évo.

L’utopie

Davantage « mouvement » que parti au sens traditionnel, le MAS est né en 2002 et coalise les divers secteurs sociaux. Bientôt, il devra unifier les expériences et les revendications dans un projet commun et mener à bon port non seulement la gestion du gouvernement, mais aussi la réalisation d’une grande utopie, une Bolivie pour tout le monde. Les grandes lignes du programme du MAS sont les suivantes :


-  La nationalisation des hydrocarbures
-  La convocation d’une assemblée constituante pour refonder le pays
-  La restructuration et la décentralisation politique .
-  Un nouveau modèle économique de réciprocité économique
-  Une loi contre la corruption et l’impunité.
-  Une réforme agraire pour répartir les terres aux petits paysans
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