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Hommage à Guy Alexandre

mercredi 12 mars 2014, par PAPDA

Au cours d’une cérémonie d’hommage à Guy Alexandre organisée à Port-au-Prince, le 8 mars 2014, diverses personnalités ont témoigné de la vie et de leur collaboration avec cet ardent défenseur des droits humains disparu le 28 février écoulé. Ce fut le cas également de l’ex Coordonnatrice du GARR, Colette Lespinasse qui a présenté l’Ambassadeur Alexandre comme un grand homme ayant maitrisé le dossier de la migration et des relations haïtiano-dominicaines. Il était parvenu, selon Mme Lespinasse, à convaincre des professeurs d’université, des étudiants, des chercheurs, des militants de droits humains et autres cadres sur l’importance de la question migratoire pour Haïti en ce 21ème siècle et sur la nécessité d’avoir dans le pays des gens qui maitrisent ce dossier.
Ci-joint l’intégralité du discours de Mme Colette Lespinasse :

J’ai connu Guy Alexandre dans la mouvance démocratique après la chute de Jean Claude Duvalier en 1986. Mais c’est surtout sur le dossier de la migration et des relations haïtiano-dominicaines que nos pas vont se croiser et nos relations s’affermir.
Le témoignage de ce soir, je le fais en mon nom personnel et en celui de plusieurs organisations qui ont eu l’occasion de côtoyer ce grand homme, tel le GARR et le COHAMID.

Guy a travaillé comme ambassadeur d’Haiti en République Dominicaine à deux reprises. C’est un pays, comme vous le savez, où la question migratoire, et particulièrement celle de la présence haïtienne, est en débats permanents. Comme ambassadeur, Guy a été assez souvent, au cœur de ces débats et cette expérience de sa vie l’a marquée.
Depuis lors, il a beaucoup, beaucoup travaillé sur le dossier de la migration et des relations haïtiano-dominicaines. Il a initié dans plusieurs universités en Haiti des cours sur ces relations pour aider les jeunes de l’île à mieux connaitre leurs histoires et les deux sociétés.

Je ne compte plus le nombre de fois où je me suis retrouvée à côté de Guy, à des tables de conférence, ici en Haïti ou ailleurs, pour parler de la migration. Il était devenu un expert en cette matière. Et c’est pour cette raison qu’en décembre 2011, à l’occasion de la célébration des 20 ans du GARR (Groupe d’Appui aux Rapatriés et Réfugiés), organisation que j’ai dirigée jusqu’à fin décembre 2013, nous avions jugé nécessaire de décerner à Guy Alexandre une plaque d’honneur et mérites pour son apport au débat sur la migration en Haiti.

Guy avait la conviction que la migration était une question hautement politique qui avait besoin d’un positionnement des dirigeants au plus haut niveau et des stratégies claires pour la gérer. Voilà pourquoi, avec plusieurs cadres de l’administration publique, des organisations de la société civile et avec l’appui de l’OIM, il avait travaillé à la préparation d’une proposition de politique pour la gestion de la migration de main d’œuvre. Ensuite, Guy a participé à la rédaction d’une proposition de politique migratoire pour Haiti, une politique qui selon lui devrait être ouverte, mais respectueuse des droits humains. Dans de nombreuses conférences qu’il prononçait, Guy n’avait cessé de mettre en avant les différents éléments de ce plan.

Pendant sept ans, Guy Alexandre a été conseiller de l’Organisation Internationale de la Migration (OIM) et à ce titre, il avait commencé à travailler sur plusieurs pays où des haïtiens et haïtiennes ont migré comme Les Iles Turcs & Caicos, les Bahamas et récemment le Brésil.
Guy ne se contentait pas de produire ou de partager ses idées sur les migrations. Il était parvenu à convaincre des professeurs d’université, des étudiants, des chercheurs, des militants de droits humains et autres cadres sur l’importance de la question migratoire pour Haïti en ce 21ème siècle et sur la nécessité d’avoir dans le pays des gens qui maitrisent ce dossier. C’est ainsi, qu’après avoir coordonné un observatoire sur les migrations dans le cadre de son travail à l’OIM, depuis une année il était en train de structurer le COHAMID (Le Collectif Haïtien sur les Migrations et le Développement), qui serait un espace de réflexion, de propositions et de plaidoyer sur cette importante question. Malheureusement, Guy n’a pas eu le temps de terminer ce chantier, mais certainement ceux et celles qui y étaient impliqués vont le poursuivre.

Guy était un homme modéré et un fin diplomate, mais très ferme quand il s’agissait de défendre des principes et surtout quand les droits humains étaient en jeu. Nous avions apprécié la fermeté avec laquelle il a condamné, à chaque fois qu’il en avait l’opportunité, l’arrêt 168-13 de la Cour Constitutionnelle dominicaine dénationalisant des milliers de dominicains d’origine étrangère, la majorité de descendance haïtienne. Face à la volte-face des autorités haïtiennes qui ont choisi de noyer ce grave dossier de droits humains dans des discussions sur les œufs, les poulets et le salami, l’ancien ambassadeur se sentait indigné.

C’est ce grand homme, ce patriote que nous avions perdu aujourd’hui. Au nom du GARR, au nom du COHAMID et en mon nom personnel, je dis merci à Guy pour tout ce qu’il nous a appris, pour tout ce qu’il nous a donné, pour tout ce qu’il nous a laissé. Repose en Paix Guy, la lutte pour les droits des migrants continue !

Colette Lespinasse
8 mars 2014