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Contre la somalisation d’Haïti pour le respect du vote démocratique !

dimanche 5 février 2006, par Administrateur

Parmi les élucubrations politiciennes haïtiennes fort prolifiques un peu partout dans certains médias et sur des cyberforums du Web, une véritable campagne d’éclaboussement du candidat Préval, donné favori dans des sondages, est entreprise dans l’indécence la plus ignoble. Une campagne qui n’a rien d’électoral vu sa déloyauté crapuleuse et éhontée.

C’est comme si une force suprahumaine à laquelle d’autres candidats ne peuvent faire face, s’emparait du droit à l’éligibilité à la présidence et qu’il faille tout à coup l’exorciser par l’injure et la salissure ! D’aucuns versent dans la débilité, et, de leur confort nord-américain, mêlant l’ineptie à l’arrogance sur les susdits cyberforums, crient bêtement à la prise d’armes contre le retour de « lavalas ». Comme un mauvais rêve, un cauchemar, ces secteurs dits démocratiques découvrent qu’ils n’ont pas su se rapprocher de l’électorat malgré le départ du dictateur Aristide qu’ils ont forcé à l’exil. Pire qu’une crise démentielle, des esprits balourds, sans la moindre saisie du sens du droit de vote au scrutin universel, osent, tout en arguant pourtant de démocratie, suggérer les pires crimes d’État pour échapper au vote populaire qui les effraie. Une telle attitude de ces secteurs déracinés du pays réel et menaçant de compromettre même par la violence les prochaines élections, ne fera ultimement que mettre le monde en face de l’incapacité définitive d’Haïti à se gérer. Aujourd’hui, le pays vit déjà la gêne mais avec un mouvement tribaliste de guerre civile, la honte et la disparition l’engloutiront. Nous irions, dans le cas d’une prise d’armes, vers l’ignominie de la somalisation ou de l’occupation étrangère permanente. Alors, gare à ceux qui prônent ainsi ouvertement le meurtre et le bellicisme pour résoudre un problème intérieur et entre haïtiens. Par ailleurs, c’est ridicule qu’avec tous ces partis tellement "démocratiques" intégrés dans la vie politique haïtienne, un seul candidat, en l’occurrence, René Préval, si « évidemment dangereux » pour la « démocratie » selon ces mêmes partis, soit si puissant et bénéficie d’une telle primauté dans l’électorat alors que les démocrates autoproclamés sont littéralement méconnus des votants potentiels ! Car à lire et à entendre nos démocrates bénis, leurs gémissements et pleurs transforment certains organes de presse et forums en véritable mur des lamentations, hantés cessent sont-ils par la pire des coliques : celle de ne pas pouvoir parvenir aux postes électifs par le verdict populaire des urnes !

Si le peuple qui vote ne se retrouve pas dans les partis, c’est à eux de se repenser et de devenir ce que doit être le vrai parti politique c’est à dire un laboratoire doctrinal du pouvoir et du leadership social. On n’a pas à haïr ceux qui arrivent à emballer l’électorat quelque soient leur tendance ! La démocratie est à ce risque, c’est le diktat des votants majoritaires. Vous devez pouvoir gagner par les urnes et non par le chaos planifié, messieurs les opposants ! Si c’est par des élections dûment honnêtes que Préval l’emporte, je crois que le rôle de tout leader responsable est de se plier à ce choix électoral populaire en travaillant sérieusement pour attirer le peuple en vue d’ultérieures joutes électorales. Il faut que dans les intervalles, les leaders politiques construisent une opposition structurée dans des partis structurés, loin de l’éternelle idolâtrie des hommes-structures, hommes-institutions qui phagocytent les partis qu’ils prétendent diriger. On ne fait pas avancer un pays par la crapulerie tribaliste du chambardement perpétuel mais par une véritable intégration au sein des secteurs vifs de la nation et de l’électorat, grâce à une véritable proposition doctrinale alternative au pouvoir. C’est cela construire et structurer un contrepouvoir véritable. La soi disant opposition du « à bas » face à tout élu non désiré n’est que misérabilisme et indécence contraires à la vision du leader politique ou du guide social digne de ce nom.

IL FAUT CONSTRUIRE LE VRAI DÉBAT POLITIQUE HAÏTIEN

Le débat politique est avant tout un débat d’idées. Une joute de pensées rationnelles. Nous ne pouvons, si nous voulons tirer le pays de son abîme, nous mettre à nous accuser de tous les forfaits, nous traiter de tous les noms quand nous perdons pieds sur le chemin des arguments idéels dictés par la raison. L’objectivité suffit toujours à elle-même dans un vrai et authentique débat.
L’irrespect ne survient que par carence d’intellection du sujet traité. De toute façon, le vocable manichéen de "camp" du mal auquel le contradicteur, l’autre, appartient, est farfelu et déraisonnable. Nous devons cesser cette accusation automatique de l’altérité comme criminelle et à faire disparaître ! Donc si quelqu’un veut réellement le bien du pays, j’ose croire que c’est notre cas à tous, il faut comprendre que la guerre civile et l’intransigeance politique ne réussissent nulle part dans le monde contemporain ! Et, pendant qu’on y est que les pleureurs, les geignards accusateurs de l’internet cessent d’accuser tous ceux qui les dépassent et osent démasquer leurs errements. Car il y a sur l’internet, une prolifération malsaine d’incohérences et une pollution primitive de la communication. Les monstres de la sottise et du dénigrement accusent, traitent tous ceux qui rejettent leurs verbigérations, de criminels. C’est une invasion de passions aveugles et agressives qui déversent leur amertume, pourfendent ceux qu’ils considèrent étrangers à leur tendance politique manichéenne. Et dire qu’ils croient penser pour le pays !

Respectons-nous, haïtiens de toutes tendances, le respect mutuel est l’instrument de base à tout échange ou débat viable et digne d’aboutir à une meilleure compréhension des choses. C’est aussi la seule voire humaine du partage serein mélioratif qui fait grandir.

Ne basculons pas dans l’infantilisme et la réaction primaire du vil qui voit et fait tout au premier degré ! Soyons dignes de notre intelligence humaine.

Qu’importe le camp politique d’un candidat, s’il sait faire, pour le bien du pays, abnégation des pulsions antisociales et tribales de notre culture - pulsions constituant de terribles tares et qui sévissent dans notre histoire de peuple - cela suffit amplement. Rappelons-nous Balaguer, proche de Trujillo rejeté par le peuple, qui a dirigé et quand même modernisé le pays voisin après l’horrible dictateur dont il a relevé pourtant !...

Que la guerre civile et le bellicisme intérieur, ces plaies de certains pays qui font la honte de notre ethnie, soient honnis à jamais chez nous !

Qu’en attendant, les leaders qui croient en leur programme et leur représentativité, travaillent pour infléchir la tendance électorale décrite par les sondages d’ici le vote du 7 février 2006 !

Qu’enfin le vote à venir soit respecté et que la nouvelle opposition se fasse selon les règles de la vie civilisée et démocratique loin de la barbarie tribale des chefs de guerre ou des professionnels du chambardement continu !

Les nostalgiques du vote censitaire ou parlementaire facilement achetable n’ont qu’à se mettre au pas au lieu de sombrer dans une prévalophobie aux conséquences inconsidérées.

Montréal, ce 30 janvier 2006,

CAMILLE LOTY MALEBRANCHE