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CEDEAO - Enjeux des négociations sur les Accords de partenariat économique (APE)

vendredi 29 mai 2009, par PAPDA

Les Accords de partenariat économique (Ape) dont la conclusion se
profile à l’horizon risquent de se solder par un autre échec. Au cours
d’une étude sur les scénarii possibles, les spécialistes ont exprimé
la crainte que les positions tranchées des deux parties ne conduisent
à une impasse. Ce qui, dans la situation actuelle et avec les forces
en présence, risquerait de conduire un pays comme la Côte d’Ivoire à
s’exclure de la sous-région, en cassant la dynamique d’intégration
régionale.

L’intégration régionale tient à un fil

Par Justin GOMIS - Le Quotidien - Dakar

Il y a deux ans, les pays africains dans leur majorité avaient refusé
de signer les Accords de partenariat économique (Ape) avec l’Ue. Cet
accord qui vise à mettre en place un partenariat économique suscite
toujours bien des passions, même si la situation a fortement évolué
par rapport à la fin de 2007. Toutefois, la date du 30 juin 2009
retenue pour une nouvelle tentative d’aboutissement des accords, pour
arriver à une libéralisation du commerce des marchandises, ne sera
probablement pas respectée.

Les membres de la société civile, les négociateurs du ministère du
Commerce, des experts du ministère de l’Economie et des Finances, des
parlementaires, ainsi que des représentants de la Délégation de la
Commission européenne à Dakar, se sont retrouvés hier dans une salle
de l’Ucad 2, dans le cadre d’un atelier d’échanges et de partage, sur
les possibles scenarios auxquels la région ouest-africaine va devoir
faire face à l’approche de l’échéance du 30 juin. Le chargé des
programmes des négociations commerciales internationales à Enda
Syspro, le Dr. Cheikh Tidiane Dièye a identifié quatre scénarios
possibles, parmi lesquels deux semblent plus plausibles.

Néanmoins, le présentateur lui-même, le Dr. Dièye, considère que les
négociations actuelles ont peu de chances d’aboutir à l’échéance
fixée, et cela, pour plusieurs raisons. Il indique qu’il existe des
points de divergence si flagrantes entre les deux parties, qu’il
semble difficile de les combler dans le peu de temps qui reste.
Ces divergences portent entre autres, sur le niveau de la
libéralisation. L’Union européenne (Ue) demande à l’Afrique de l’Ouest
de libéraliser son commerce à 80%, sur une période de 15 ans. Une
proposition jugée inappropriée par la partie ouest-africaine, qui
propose de libéraliser à 60% sur une période de 25 ans. Au vu de ce
contraste au niveau des ambitions, les deux parties ne pourront pas
accorder leurs violons dans un court délai. « Il est trop difficile
d’avoir un compromis entre l’Ue et l’Afrique l’Ouest sur ce point »,
estime M. Dièye.

En fait, pour lui, l’Union européenne considère qu’elle ne pourrait
pas reculer sur ce point, car elle a déjà obtenu ailleurs, avec
certains pays d’Afrique, des niveaux de libéralisation à hauteur de
80%. Et rien que pour cela, l’Europe en son sens, ne voudra pas créer
de précédent en accordant à l’Afrique de l’Ouest moins de 80%.
Poursuivant son analyse, M Dièye pense que « l’Afrique de l’Ouest
n’aurait aucun intérêt à aller au-delà de 60 à 65%, parce qu’elle
mettrait en danger ses produits sensibles face à la concurrence
européenne. Ce qui serait très irresponsable de la part des politiques
ouest africaines », prévient-il.

Autre facteur qui pourrait bloquer la conclusion de ce partenariat
selon le docteur Dièye, ce sont les clauses introduites par la partie
africaine pour la protection des industries naissantes pour la
capacité de mettre en oeuvre les politiques sectorielles régionales.
Cette idée, de l’avis de Cheikh Tidiane Dièye, est rejetée par
l’Europe.

Ainsi, si chaque partie reste figée dans sa position, on va
inévitablement vers un échec le 30 juin et cela pourrait conduire à un
statu quo, en ce sens que la Côte d’ Ivoire, qui a déjà signé, voudra
faire respecter sa signature. Le Ghana, qui a paraphé son accord
maintiendra aussi son paraphe, et le Nigeria quant à lui, va rester
dans son statut de Système généralisé de préférences, de même que les
pays les moins avancés comme le Sénégal et les autres 12 pays pauvres
de la région Cedeao, qui pourraient camper dans leur position parce
que ne trouvant aucun intérêt à signer un partenariat qui leur demande
trop de libéralisation sur une période très restreinte.

Malheureusement, cette situation rendra difficile la réalisation de
l’intégration régionale, analyse le chargé des programmes de Enda
Syspro. Parce que poursuit-il, « la Côte d’Ivoire est membre de
l’Uemoa, qui est un traité aux termes duquel aucun membre ne peut
signer aucun accord commercial avec des tierces parties. Alors l’Uemoa
verra d’office la Cote d’Ivoire s’exclure du processus d’intégration ».
Ceci conduirait à un échec de l’intégration régionale. Ainsi, il pense
qu’il revient aux hommes politiques de mener une bataille qui
éviterait à l’Afrique de conclure un mauvais Ape. Il leur faudrait
donc s’investir à consolider les acquis afin d’éviter une implosion
qui pourrait conduire à un échec de cette intégration africaine.