PAPDA

Plateforme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif

Accueil > Démocratie participative > Crises politiques > Aristide a la Jamaïque

Aristide a la Jamaïque

Déclaration des organisations haïtiennes membres de l’APC

mercredi 16 novembre 2005, par Administrateur

Les organisations haïtiennes membres de l’Assemblée des Peuples de la Caraïbe expriment leurs préoccupations et leur indignation face au séjour annoncé de Monsieur Jean Bertrand Aristide à la Jamaïque au cours des prochaines semaines.

Les organisations haïtiennes demandent à leurs partenaires de la Caraïbe de faire pression sur leurs Gouvernements respectifs pour qu’ils comprennent que cette présence représente une menace certaine pour le fragile processus de transition politique à peine entamé. Les organisations de la société civile dans les pays frères devraient travailler à éclairer l’opinion publique et leurs dirigeants politiques sur le caractère du régime déchu de Jean Bertrand Aristide qui, en appliquant servilement les politiques dictées par Washington et les Institutions Financières Internationales, a mis notre pays à genoux en détruisant une grande partie de nos capacités productives et de nos Institutions. Jean Bertrand Aristide a trahit les objectifs et les idéaux du mouvement populaire de 1986 et a été rejeté par l’ensemble du pays.

Nous tenons à souligner à l’intention des organisations sœurs de la Caraïbe :

1.- Que la CARICOM devrait modifier la nature de son engagement en Haïti en soutenant le fragile processus de transition entamé qui offre l’opportunité pour une re-fondation nationale en cette année du bicentenaire de la révolution haïtienne. La tâche prioritaire aujourd’hui est d’aider le Peuple haïtien à reprendre en main son destin et à redevenir une nation souveraine. Les amis du Peuple haïtien doivent aider à la consolidation du processus actuel en s’assurant qu’il permette d’aboutir à la définition d’un nouveau projet national. En ce sens la lutte contre l’occupation militaire de notre sol constitue une priorité. Cette occupation est, de toute évidence, un obstacle majeur à la mise en place d’un authentique projet national.

2.- Le départ de Jean Bertrand Aristide du pouvoir est le fruit d’un long processus de mobilisation populaire au cours de laquelle la nation a réussi à définir un très large consensus autour de la nécessité de révoquer le mandat d’un Président mal élu qui travaillait pour accélérer la destruction de notre pays.

3.- Nous condamnons les circonstances du départ d’Aristide d’Haïti tôt dans la matinée du 29 février 2004. Nous condamnons l’ingérence du Département d’État dans les affaires politiques internes de notre pays. L’insurrection armée du 5 février selon toutes les informations disponibles a été appuyée et financée par la CIA. L’intervention des GI’s dans notre pays ne devrait pas être utilisée comme précédent et justificatif d’une quelconque intervention directe des troupes nord-américaines dans d’autres pays de la région. Il est important de comprendre que l’intervention des troupes américaines a été une décision unilatérale adoptée sans l’accord des acteurs politiques haïtiens. Les forces américaines sont intervenues en Haïti pour détourner et confisquer la victoire du Peuple haïtien contre la dictature d’Aristide. Le Peuple haïtien, contrairement à Jean Bertrand Aristide, n’a jamais sollicité l’intervention de troupes étrangères sur notre sol.

4.- Nous devons rappeler que quelques jours avant le 29 février 2004 l’ancien Président quémandait une intervention militaire des GI’s pour sauver son mandat et briser le soulèvement populaire pacifique réclamant son départ. Malheureusement la CARICOM a soutenu cette proposition. Depuis le retour de 1994 l’ex-président Aristide, en dépit d’une rhétorique nationaliste, ne s’est jamais démarqué de l’agenda défini par les USA et a mis en œuvre les éléments essentiels du Plan d’ajustement structurel imposé comme condition de son retour. Les résultats de cette politique sont aujourd’hui évidents : un pays en régression économique rapide et de plus en plus dépendant de l’extérieur, des institutions en lambeaux et les affres de l’extrême pauvreté qui frappent près de 80% de la population.

5.- L’accueil d’Aristide par le Gouvernement présidé par J. Percival Paterson pourrait être interprété comme un signe positif d’indépendance de la CARICOM face aux USA. Mais en fait la soumission de Monsieur Aristide par rapport à Washington interdit d’en faire un allié sérieux contre l’impérialisme américain. Rappelons que sa sécurité personnelle a toujours été assurée depuis octobre 1994 par des vétérans de l’armée américaine fournis à prix d’or par une firme privée. Selon des estimations crédibles ce dispositif de sécurité coûtait 9 millions de dollars US annuellement aux contribuables haïtiens.

4.- La présence de Jean Bertrand Aristide près des côtes haïtiennes représente une menace certaine de déstabilisation du processus en cours. La CARICOM devrait clairement reconnaître que Monsieur Aristide n’est plus le Président d’Haïti.

5.- Monsieur Jean Bertrand Aristide doit être poursuivi par devant les Tribunaux pour de nombreux crimes commis contre le Peuple haïtien et ses biens devraient être confisqués et restitués au Trésor Public. La corruption qui a caractérisé son régime est largement connue et documentée de même que la longue liste des assassinats politiques et des violations massives, continues et systématiques des droits de la personne dénoncées par de nombreuses instances nationales et internationales.

6.- Il est paradoxal de constater les limites souvent discriminatoires mises en place par les pays de la Caraïbe pour réduire l’entrée des travailleurs haïtiens sur leur territoire et la complaisance avec laquelle la Jamaïque accueille quelqu’un qui a fait tant de mal à notre nation. La communauté caraïbe que vous voulez construire donnerait elle plus d’avantages aux criminels qu’aux honnêtes travailleurs à la recherche d’un emploi. Ceux-ci sont souvent persécutés, pourchassés par la police et rapatriés de force parfois au mépris des conventions internationales régissant la matière. Il est nécessaire de reconsidérer les politiques migratoires en vigueur aujourd’hui et envisager la libre circulation des personnes comme un élément essentiel du développement à long terme de notre région.

Nous demandons aux organisations sœurs de la Caraïbe :

1. de tout mettre en œuvre pour empêcher que soit accueilli Monsieur Aristide à la Jamaïque parce que cette présence est lourde de menaces pour le Peuple haïtien

2. de mener une campagne d’information pour bien faire comprendre à l’opinion publique le vrai caractère du régime anti-populaire et anti-national d’Aristide

3. de mener campagne pour intensifier la coopération avec Haïti en modifiant l’orientation actuelle adoptée qui s’est malheureusement traduite au cours des dernières années par un soutien à la dictature aristidienne.

4. de contribuer à aider le Peuple haïtien à lutter cotre l’occupation militaire et à reconquérir son indépendance en concordance avec les résolutions adoptées au cours de la Troisième Assemblée des Peuples de la Caraïbe qui s’est tenue au Cap-haïtien en août 2003 et au cours de laquelle nous nous sommes engagés solennellement à construire une Caraïbe souveraine, juste et égalitaire. Une autre caraïbe est possible. Que vivent la souveraineté et l’autodétermination des Peuples de la région !!

Pour le Comité Exécutif National (CEN) de l’Assemblée des Peuples de la Caraïbe (APC)

PAPDA, Camille Chalmers

SOFA, Carol Pierre-Paul Jacob

ACO, Ferguens Lorméus